Quelle place devons-nous faire à l’évaluation dans la classe?

Que signifie « évaluer les élèves » ? Quels principes moraux et valeurs a-t-on ? On se demande parfois ce que l’on doit faire pour bien évaluer.

On pourrait proposer deux modèles opposés d’évaluation :
Un modèle égalitaire dans lequel l’enfant s’épanouit en équipe (type classe coopérative). L’évaluation aurait pour mission de former des individus raisonnables et sensibles aux valeurs morales.
Un modèle libertaire : l’éthique de l’enseignant est de générer la compétition entre les élèves. Les évaluations situent les élèves les uns par rapport aux autres dans un système hiérarchique.

Entre ces deux modèles, chaque individu se construit une éthique, une ligne de conduite dans sa profession, synthèse entre la morale de sa communauté d’origine, son expérience, les valeurs et les modèles qu’il s’est constitué.

La liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école avec le conseil et sous le contrôle des corps d’inspection. La liberté pédagogique implique la négociation entre les programmes, les besoins des élèves, les contraintes locales et le choix du maître. Derrière l’évaluation se révèle l’esprit de la société qui la porte. Mais l’éthique de l’évaluation est incontournable pour qui prétend éduquer. Que deviennent alors les évaluations dans la pratique de l’enseignant et de l’élève ? Pour l’élève, l’évaluation constitue un référent obligé qui structure en partie son rapport à l’école et aux apprentissages. Alors comment éviter les comparaisons entre enfants et entre classes, établissements … ?

Il faudrait savoir ce que l’on évalue réellement : l’élève ou le savoir ?

L’enjeu est de faire de l’évaluation un véritable instrument de pilotage des apprentissages. L’enseignant doit mesurer les obstacles aux apprentissages, évaluer de manière plus pointue tant les acquis que les manières d’apprendre. Un professeur ne peut évaluer de façon formative qu’en sachant assez précisément en quoi consistent les fonctionnements intellectuels à développer chez les élèves, leur genèse et ses conditions. De plus, évaluer l’enfant suppose d’agir avec méthode et de tenir compte de sa souffrance. L’enfant est au centre de l’évaluation. L’enseignant doit savoir situer son élève dans la triptyque : visuel auditif ou kinesthésique. Un regard qui condamne et qui fige ou, au contraire, qui appelle, n’est pas sans retentissement sur le développement des personnes. L’évaluation est expliquée, comprise car un sens a été donné à l’enfant. L’enfant comprend le message transmis.

Nos modes d’évaluation disent notre conception de la personne et le type de regard que nous portons sur son développement. Comment permettre les aléas du cheminement personnel, comment faire que nos outils, nos mots et notre regard permettent à l’élève de mettre des mots sur ce qui lui arrive ? L’évaluation est seconde, la relation est première. L’évaluation est d’abord affaire de posture, d’attitude et donc l’évaluateur, ne peut-être qu’engagé. L’élève est au centre, le savoir est un prétexte.

L’évaluateur est donc là pour aider l’élève à progresser. Dans cette optique, c’est la qualité de l’information donnée à l’élève qui importe. Une évaluation « descriptive » est la seule qui soit compatible avec une telle relation d’aide. Un retour d’information multidirectionnel s’adressant à l’élève est nécessaire. L’évaluation est descriptive, sans jugement de valeur. L’évaluation scolaire doit s’inscrire dans le cadre d’une relation d’aide. Permettre à chacun de devenir excellent et non organiser une compétition sauvage pour faire émerger une élite. Le but, la déontologie de l’école aujourd’hui est de favoriser les progrès et la réussite personnelle de chaque élève quelque soit son capital social, économique et culturel. Il n’est plus question de contribuer à reproduire un système d’inégalités sociales comme l’a longtemps fait croire l’école.

Ceci dit, son éthique plus ou moins définie, encore faut-il que l’enseignant trouve les moyens réels d’exploiter ses évaluations, ce qui sur le terrain s’avère être une tâche souvent délicate.

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