Pourquoi puis-je dire que je suis devenu un enseignant « Freinet » ?

Il me faudra encore du temps théoriser toutes les activités et toutes les démarches en œuvre dans ma classe depuis que j’enseigne. Le texte qui suit me permet de vous donner un commencement de réponse :

À quoi reconnaît-on une classe Freinet ? de Henry LANDROIT

Précisons d’entrée de jeu qu’il n’y a pas de classe Freinet idéale et que notre objectif n’est pas de définir ce que pourrait être une telle classe. Il n’y a que des classes en marche vers la pédagogie Freinet avec tout ce que cela comporte de doutes, de réussites, d’échecs, de questionnements, d’interrogations. Néanmoins, il serait inconséquent de soutenir qu’une classe Freinet ou une classe en bonne voie de le devenir ne soit pas reconnaissable à un oeil averti. L’éducateur qui décide d’introduire dans sa classe une ou plusieurs techniques Freinet s’aperçoit très rapidement que chacune de ces techniques non seulement contribue à l’instauration progressive d’un nouveau climat dans son groupe, mais également qu’elle interagit avec d’autres techniques introduites précédemment.

Lancer le texte libre dans sa classe s’accompagnera bientôt, si l’éducateur est conséquent avec lui-même, de l’introduction de la correspondance interscolaire et du journal scolaire qui motiveront en retour la création de textes libres.

Est-ce à dire qu’un enseignant qui n’utilise qu’une seule technique Freinet – par exemple la correspondance scolaire – peut se targuer de « faire du Freinet’’ ?

Cela nous semble abusif et dangereux. Nous pensons au contraire que ce n’est que lorsqu’il aura mis en place plusieurs structures et façons nouvelles de travailler, que commencera à poindre une nouvelle classe que bientôt ni les enfants, ni les parents, ni lui-même ne reconnaîtront plus. Ce moment critique où la classe « bascule » – si l’on ose dire – dans la pédagogie Freinet est difficile à déterminer : le charisme de l’enseignant permet parfois dans certaines classes de pallier la carence de divers domaines, mais dans d’autres milieux, il se révèlera inopérant.

Mais restons pragmatiques, entrons dans une classe et cherchons quels critères observer pour déterminer si elle est ou non sur la voie de la pédagogie Freinet.

Ces différents critères ne sont pas présentés ici de manière hiérarchisée :

a. Dans cette classe, existent des projets collectifs et des projets individuels. Les enfants et l’enseignant tentent de répondre aux questions qui se posent soit en grand groupe, soit en petits groupes ; chaque enfant a en outre la possibilité de travailler seul dans les domaines où il est le plus à l’aise ou qui l’intéressent. Un équilibre existe entre les activités collectives et individuelles afin que les enfants aient l’occasion à la fois de se heurter à la difficulté de mener à bien un travail seul et à celle du travail en groupe ou d’équipe ainsi que de soupeser les avantages, les inconvénients et parfois l’adéquation de l’une des deux formules au type de travail envisagé. Certains apprentissages sont individualisés, la classe dispose d’outils tels que les fichiers et livrets auto-correctifs qui permettent aux enfants de prendre une certaine autonomie à la fois vis-à-vis de l’enseignant et de la matière.

b. L’organisation du travail se fait avec les enfants. Il existe des plannings de journée, de semaine, de mois, d’année suivant les âges. Les enfants disposent d’un plan de travail journalier, hebdomadaire ou de quinzaine qui leur permet de planifier leur travail individuel et d’en dresser régulièrement le bilan avec l’aide de l’enseignant.

c. L’enseignant a mis en place des structures et des activités qui favorisent la coopération entre les enfants plutôt que la compétition : dans la mesure du possible, il cherche à éviter les comparaisons inutiles ; il supprime les classements et les notes, les bulletins chiffrés qui sont avantageusement remplacés par des évaluations écrites plus fines et par les comptes rendus des plans de travail.

d. Les enfants ont un certain pouvoir dans la classe : ils peuvent agir sur les zones de l’horaire qui ne sont pas codifiées par l’institution ; ils peuvent proposer des activités, des améliorations, des changements ; ils peuvent choisir parmi plusieurs possibilités qui leur sont proposées par l’enseignant ; ils ont l’occasion de discuter de leurs relations avec les autres et avec ’enseignant. Tout cela se fait au cours de conseils (conseil unique hebdomadaire ou conseil-projet de début de semaine ou quinzaine et conseil-bilan en fin de période, conseil journalier chez les petits). Ce conseil est institutionnalisé et les enfants savent que c’est le lieu où se prennent les décisions importantes qui concernent la classe. Il est géré par le groupe et l’enseignant s’efforce de donner petit à petit la possibilité aux enfants de le diriger, d’en assumer le secrétariat.

e. La classe édite un journal scolaire : les enfants y font paraître leurs textes libres, les résultats de leurs enquêtes et recherches, les comptes rendus de leurs expériences, leurs questions, bref tout ce qui concerne la vie de la classe. Dans ce journal ne paraissent que des créations originales (textes, dessins, jeux, etc.) sauf s’il s’agit de documents cités ou donnés à titre d’exemple.

f. La classe est ouverte sur l’extérieur : elle correspond avec d’autres classes, d’autres personnes, elle sort, rend visite à des expositions, des artisans, des usines et invite des personnes chez elle (contact avec des gens ayant une expérience de vie à partager avec les enfants).

g. L’enseignant développe dans la classe l’esprit de recherche : il favorise la recherche collective ou par groupe comme la recherche personnelle : les enfants présentent le résultat de celles-ci au cours de petites conférences, ils ont à leur disposition une bibliothèque documentaire soit dans l’école, soit dans la classe elle-même. Dans ce dernier cas, ils participent au classement de cette documentation. L’objectif est de répondre aux questions que l’on se pose dans tous les domaines. Ce secteur couvre ce qu’on entend communément par histoire – géographie – sciences mais peut également concerner des aspects comme la morale, la philosophie, l’initiation sociale, etc.

h. L’enseignant favorise l’expression libre : celle-ci ne tombe pas du ciel du jour au lendemain, il doit la favoriser en valorisant ce qui dans l’expression des enfants est vraiment « libre » et non la reproduction de stéréotypes existants. Cette expression est inévitablement soumise au regard de l’adulte (des adultes dans l’école) et des enfants. L’enseignant aide l’enfant à se débarrasser petit à petit de ses chaînes et à exprimer véritablement ce qu’il ressent par le dessin, l’écriture, la danse, l’expression corporelle, le théâtre, la musique, etc.

i. Un place particulière est faite au tâtonnement expérimental : dans toutes les activités, l’enseignant respecte les initiatives des enfants et valorise la recherche hors des sentiers battus. Le tâtonnement expérimental est une loi de la vie en général, c’est à ce titre qu’il a droit de cité dans la classe.

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