Et si nous frappions les enfants…

« Un vieil Indien explique à son petit-fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier représente la sérénité, l’amour, la gentillesse, le second représente la peur, l’avidité, la haine. « Lequel des deux gagne? demande l’enfant. « Celui que l’on nourrit », répond le grand père » Sagesse Amérindienne.

Un enseignant qui userait en 2013 de châtiments corporels sur ses élèves, passerait certainement au 20h du journal télévisé. Et pour cause, la loi protège les enfants et oblige leurs gardiens.

Ceci dit, je ne parle ici que de la violence corporelle:  coups de règle, tirage de cheveux (je vous renvoie à votre passé…)

Ainsi, j’ai souvenir d’un camarade, Julien, qui ne connaissait pas ses tables de multiplications. Il avait le droit à des coups de règle sur les doigts. Or, depuis Beccaria, nous savons que les seuls bénéfices de cette peine étaient pour l’enfant des douleurs au bout des doigts et pour l’enseignant le soulagement de son agacement. Mon camarade avait toutes les peines du monde à apprendre ses tables. De plus il avait peur des mathématiques, responsables selon lui de son échec. Il a donc tout naturellement fait des études littéraires. Et que dire de cet autre camarade, Éric, qui subissait le même châtiment dés lors que le maître estimait que ses erreurs d’orthographe étaient le fruit de son inattention. Eric est devenu écrivain minimaliste: sa peur d’écrire l’obligeait à raconter en deux lignes une histoire qui en aurait mérité vingt. Il est devenu maître en langage SMS.

Guillaume pour sa part, ne se souvient pas, en tout cas cela ne l’a pas marqué, avoir reçu des coups de quelque nature que ce soit. En revanche, il se souvient très précisément des paroles blessante de son instituteur de CM1: « Tu n’es qu’un bon à rien. Tu ne feras jamais rien de ta vie. Tu fais parti de la catégorie des idiots. » Guillaume, en CM1, était assis au fond de la classe. Il suivait ce qu’il pouvait, il écoutait ce qu’il entendait. Cette année scolaire a orienté durablement ses études. Il ne croyait pas en lui. Il est allé là où les conseillères d’orientation ont pu le conduire. On lui a dit qu’il n’était pas un intellectuel et que pour cette raison il devait faire un métier manuel.

Très récemment, une chef d’établissement, en désaccord avec les idées de l’école nouvelle, me confiait que pour elle, il n’est pas possible de conduire tous les élèves. Certains, de toute façon, resteront sur le bord de la route. « Il ne faut pas leur mettre des illusions dans la tête. Il faut leur dire la vérité. » Elle leur dit quoi?

Je mesure tous les jours dans ma classe le pouvoir que nous avons sur les enfants. Nos paroles peuvent les marquer durablement.

Ainsi, une étude universitaire a montré que nous influençons les résultats des enfants. Deux groupes totalement identiques ont été constitués dans le but de leur faire passer des tests écrits. Au premier groupe, on  a indiqué qu’ils avaient été choisis pour leurs difficultés, que l’exercice serait difficile et que très peu d’entre eux réussiraient. Au second groupe, tout au contraire, les professeurs ont valorisé les étudiants pour les grandes qualités personnelles et intellectuelles qui avaient motivés leur sélection. Ils ont minimisé les difficultés de l’exercice.

Que croyez-vous qu’il arriva?

Bien entendu, les résultats du second groupe étaient de loin les meilleurs. On a même remarqué des copies blanches dans le premier groupe ! Pourtant, rappelez-vous qu’au départ, tous les étudiants avaient les mêmes chances de réussite.

Les paroles changent tout. Le choix de nos mots, prononcés dans notre classe, change tout.

Ainsi les élèves entendent encore des paroles qui les marquent au fer et qui expliquent les névroses de l’âge adulte.

Noter, montrer qui est le meilleur, afficher les classements, générer de la compétition entre les élèves, isoler les meilleurs pour qu’ils ne soient pas tirés vers le bas, distribuer des bons points, stigmatiser…

Alors peut-être ne frappons-nous plus les élèves, mais nous avons toujours le pouvoir d’agresser la psychologie d’un enfant. Une année scolaire est largement suffisante pour briser la confiance en soi de toute une vie.

Voilà pourquoi nous devons lutter pour nos idées, pour une école nouvelle. La construction du bonheur devrait être notre objectif principal.

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2 thoughts on “Et si nous frappions les enfants…

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