Projet éducatif d’une école nouvelle.

Projet éducatif de l’école Saint Donatien (mise à jour février 2014)

Ecole Nouvelle

La version papier est disponible sous ce lien: projet_éducatif__école_nouvelle

Version livre interactif

« Le projet éducatif est garant de l’unité de l’école, de la communauté qui la constitue et de sa mission. Cet impératif d’unité commande que dans chaque projet éducatif on ne fasse pas « de séparation entre le temps d’apprentissage et le temps d’éducation, entre les temps de la connaissance et les temps de la sagesse. Les diverses disciplines ne présentent pas seulement des connaissances à acquérir mais des valeurs à assimiler et des vérités à découvrir.  […] Dans la perspective d’un tel projet éducatif, toutes les disciplines doivent collaborer, de leur savoir spécifique propre, à la construction de personnalités en possession de leur maturité »[1]

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Nous pourrions commencer cette présentation en vous indiquant ce que l’école n’est pas, un lieu de compétition, de dépassement de l’autre, d’individualisme et de culpabilisation…etc

Au contraire, l’école a pour mission de donner à chacun les moyens de choisir sa vie.

Nous faisons nôtre les principes fondateurs de l’école nouvelle[2].

« J’appelle éducation nouvelle un mouvement pédagogique contemporain qui n’est nouveau que parce qu’il s’adapte aux besoins nouveaux de la société d’aujourd’hui. Il n’est point théorique mais pratique. Il s’est affirmé tant en Europe qu’en Amérique par la création de 100 écoles nouvelles qui, toutes, rompent avec une routine séculaire et tendent à rendre l’instruction et l’éducation à la fois plus psychologique et plus sociale. Ce mouvement pédagogique est né d’un double besoin et tend à un double idéale : 1/ adapter les moyens pédagogiques à la nature des enfants, et 2/ préparer la jeunesse à la vie sociale, intellectuelle et morale contemporaine »[3].

Nous cherchons à avoir une vision juste de l’enfant, acteur de ses apprentissages. Partant de ses intérêts profonds, nous développons les facultés créatrices de l’enfant, pour des activités librement consenties.

Le professeur est un entraîneur et non un enseigneur. Il doit donner à chaque enfant selon sa mesure, cherchant à unir l’activité manuelle au travail de l’esprit.

La classe vit en communauté ; elle ressemble à un laboratoire débordant de vie.

Notre école est « en marche vers » une école dite Freinet, si une telle école existe[4]. Tout d’abord, les projets se veulent collectifs, tant dans leur conception que dans leur mise en œuvre. Les enfants travaillent le plus souvent en groupe. Toutefois, un équilibre existe entre le travail collectif et le travail individuel. Ce dernier est adapté aux besoins particuliers de l’enfant. Dans ce cadre, c’est à l’enfant, avec l’appui de ses camarades et de l’enseignant, de travailler les domaines qui lui sont nécessaires. L’enfant s’exprime librement à l’oral comme à l’écrit. Il peut publier ses textes sur le blog de l’école. La recherche et le tâtonnement sont fondamentaux.

Ensuite, les classes ( ainsi que l’école) décident de leur fonctionnement, des responsabilités de chacun, des libertés et des limites accordées aux uns et aux autres dans l’école.

L’école est ouverte vers l’extérieur, grâce à la correspondance scolaire ainsi que par l’intervention très fréquente des parents sur le temps de classe.

Enfin, les enfants travaillent en coopération, la compétition disparaît. Notre petite école rurale deux classes permet naturellement ce fonctionnement coopératif.  Les grands aident les petits, quoi de plus naturel.

Ainsi, les enfants apprennent à grandir, à vivre avec les autres : à être autonome avec les autres. Dans ce cadre, la coopération rentre au service d’un nouveau modèle coopératif.

Nous mesurons tous les jours que l’école a besoin d’innovation. Nous devons l’oser en repensant la réussite éducative d’une part, en bâtissant une école ouverte donnant à chacun une image positive de la vie d’autre part.

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« On ne tire pas sur une fleur pour la faire pousser. On l’arrose et on la regarde grandir… patiemment. » Proverbe Africain

I.      « Grandir ensemble »

Pour grandir, l’enfant a besoin des autres, l’autonomie nécessaire à son être se construit grâce à l’autre. Les activités en coopération en sont un outil.

A.   Etre autonome avec les autres :

Dans notre école, nous cherchons à rendre les enfants autonomes.

« Etre autonome » signifie que les enfants peuvent, en théorie, travailler seuls, sans la présence du maître.  Ainsi, le pouvoir de la consigne ne doit pas être seulement lié à la présence de celui qui l’a donnée.

Rappelons que l’autonomie est indispensable à la construction de l’être[5].

L’enfant doit être autonome pour lui-même, le sentiment de culpabilité  et son corolaire, le sentiment d’angoisse[6], sont à proscrire. Nous laissons à l’enfant le temps de faire ses expériences, de tâtonner.

De plus, les élèves évoluent dans un esprit de fraternité : chacun prend le temps de grandir avec les autres[7].

Toutefois, l’enfant ne peut pas tout découvrir lui-même. Il est parfois nécessaire de lui donner les clefs qui lui ouvrent les portes des apprentissages, ie de lui donner des situations propices aux apprentissages[8].

Les clés sont tout et autre chose que du pré mâchage pédagogique. L’imitation n’est qu’un chemin parmi d’autres vers la connaissance[9]. Alors laissons les enfants acteurs de leurs apprentissages. Pour cela, l’approche pédagogique sera avant tout une approche pédagogique différenciée.

Ainsi, l’enfant grandit et devient autonome. Cependant, comprenons que l’on devient autonome avec l’autre, à travers le cadre défini par la collectivité. La coopération peut ainsi rendre autonome.

B.   La coopération au service d’un nouveau modèle éducatif

Les processus d’apprentissages nous montrent que les enfants ont besoin de la coopération.

L’invariant 21 de Freinet souligne que : « l’enfant n’aime pas le travail de troupeau auquel l’individu doit se plier. Il aime le travail individuel ou le travail en équipe au sein d’une communauté coopérative. » La coopération est un outil indispensable. Quelle définition pourrait-on en donner ?

L’invariant 24 nous donne un commencement de réponse : « la vie nouvelle de l’école suppose la coopération scolaire, c’est-à-dire la gestion par les usagers, l’éducateur compris, de la vie et du travail scolaire. »

Pour apprendre à l’autre, un enfant doit maîtriser la notion qu’il doit transmettre. Il permet en apprenant à l’autre, il progresse grâce à l’appui qu’il donne à l’autre[10].

Ajoutons que, la coopération nous apprend la démocratie. Selon l’invariant 27 « on prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’école. Un régime autoritaire ne saurait être formateur de citoyens démocrates. » En grandissant, l’enfant s’aperçoit que les règles sont le produit d’un accord commun. Les règles de fonctionnement de l’école, de la classe, de son propre casier  sont le produit d’un consensus, démocratiquement réglé. La règle est la même pour tous et le sentiment de justice devient plus importante que la simple obéissance[11].

La coopération sert l’enfant, elle sert aussi le groupe classe. Elle permet de se libérer d’un enseignement traditionnel pour une méthode plus naturelle dans laquelle l’enfant et le groupe auquel il appartient sont les moteurs.

Tout ceci est indispensable à la construction de l’être. L’autonomie se met en place avec l’autre, à travers le cadre défini par la collectivité. Ainsi, la coopération entre les êtres rend autonome : la coopération est une composante de cette autonomie.

Nous avons conscience de chercher un idéal d’éducation. Mais n’avons-nous pas pour mission d’oser l’innovation ?

être heureux à l'école

« Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
Il est l’homme des utopies.
Les pieds ici, les yeux ailleurs.
 »

Victor Hugo, les rayons et les ombres p 540.

II.   « Oser l’innovation[12] »

« Innovation » : le petit Larousse le défini ainsi : « Processus d’influence qui conduit au changement social et dont l’effet consiste à rejeter les normes sociales existantes et à en proposer de nouvelles. » L’école a pour ambition de proposer de nouvelles normes, en repensant la réussite éducative et en bâtissant une école nouvelle ouverte et donnant à chacun une image positive de la vie.

A.   Repenser la réussite éducative[13] :

« Je vais à l’école pour avoir des bonnes notes ! » « Je suis le premier de la classe…ou le dernier. » Et on mesure les enfants comme un plombier aligne les tuyaux ! L’enfant veut réussir son contrôle de mathématiques pour un 20/20 en haut de sa page. Aime-t-il les mathématiques ? On ne se le demande pas. Qu’est-ce que la réussite pour lui ?

Etymologiquement parlant, « réussir »signifie : aboutir à une issue positive ou négative. La réussite renvoie donc à l’image que nous avons de notre vie, à la place que tiennent notre confiance et nos attentes.

Aussi devrions-nous l’entendre de manière philosophique : pour réussir les enfants doivent  « parvenir à être ».[14]

La « réussite » doit nourrir comme objectif la construction de l’être, dans le bonheur et la confiance. Le travail perd sa définition première la plus souvent acceptée : synonyme de fatigue, d’activité imposée, de souffrance et de torture.  Il devient le moyen de choisir sa vie et de participer positivement à celle des autres[15].

Cette vision humaniste de l’élève et de ses activités à l’école permet certes de donner aux enfants du plaisir dans les temps de la classe ; elle permet surtout de construire un être heureux dans son entier. Les frustrations restent nécessaires puisse qu’elles permettent de nourrir le bonheur par le dynamisme qu’elles génèrent[16].

B.  Bâtir une  école ouverte donnant à chacun une image positive de la vie…

Aussi, l’absence de notations et l’inexistence des classements doivent conduire les élèves à se construire sans un esprit de compétition qui pervertit.

L’erreur remplace la faute et l’échec devient une difficulté que l’on peut surmonter. Dans cet esprit, les problèmes de mathématiques deviennent des énigmes. L’écoute musicale et sa pratique deviennent formatrices au service de tous les apprentissages[17]. Le contact avec la nature, notamment par le jardinage, reste fondamental. L’évaluation permet de construire. Il n’est plus permis d’angoisser[18].

Nous cherchons à donner, par nos remarques et nos encouragements, des clefs qui ouvrent des portes. Les enseignants doivent chaque minute mesurer le poids de leurs mots et comprendre que nous avons l’immense pouvoir de donner aux enfants confiance en eux[19]. L’enfant doit avoir une image positive de sa personne. Il comprend qu’il a de l’importance et que l’on compte sur lui.

Nous ne pouvons présumer de l’avenir des élèves. Malgré leurs difficultés actuelles, ils nous surprennent par leurs formidables capacités.

Cependant, nos discours ont-ils encore de la valeur si les familles ne vivent pas notre projet dans son entier ? Prenons alors le pari de rendre les enfants heureux et les parents acteurs des apprentissages de leurs enfants[20].

Ceci dit, faisons un rapide état des lieux : à quoi peut bien servir l’école pour les parents ? Et pour les enfants ?

Le souci de la désaffection des parents pour l’école n’est qu’un constat: les enfants sont déposés le matin et on revient les chercher le soir. A de rares exceptions, peu de parents participent à la vie de l’école sur le temps scolaire[21].

 

De leur côté, les enfants viennent-ils seulement à l’école parce qu’on les y amène ?

Aussi, une réflexion permanente ; avec toute la communauté, sur la place de chacun et sur le rôle de l’école semble indispensable.

Néanmoins, l’intervention des parents dans l’école nous interroge. L’entrée des parents dans l’école sur le temps scolaire leur permettrait de s’impliquer d’avantage dans les activités de leur enfant. Pour cela, chaque parent apporterait sa compétence, restant toujours sous la responsabilité et l’encadrement du chef d’établissement et des enseignants.

En effet, les enseignants et le chef d’établissement restent responsables des enfants (du point de vu de la garde et de leur mission éducative). Les parents vivent eux aussi les droits et les devoirs d’un membre actif de la communauté tel que les vit leur enfant.

Il s’agit de permettre aux parents de connaître l’espace quotidien de leur enfant, loin des projections qu’ils ont pu faire avec leur propre scolarité. De plus, la coopération prônée dans l’école pourrait se vivre aussi à la maison[22].

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[1] Article 21 du statut de l’Enseignement Catholique en France, citation de la Sacrée congrégation pour l’éducation catholique, L’école catholique au seuil du troisième millénaire, 28 décembre 1997, n° 14.

[2] Revue L’école Nouvelle, François Chatelain, repris dans le livre de Antonella Verdiani, « Ces écoles qui rendent nos enfants heureux, pédagogies et méthodes pour éduquer à la joie », domaine du possible, Actes Sud, 2012.

[3] Adolphe Ferrière, Trois pionniers de l’éducation nouvelle, Flammarion, 1928.

[5] Spinoza disait sur ce sujet : «  Je fais ce que je veux, je veux ce que je suis, je suis ce que je fais »

[7] Jean Piaget « La psychologie de l’enfant », P.U.F, 1966. Selon Piaget, le développement précède l’apprentissage.

[8] Sur la pédagogie de la médiation, « La médiation pédagogique est une posture de l’enseignant. Celui-ci ne se comporte pas comme un détenteur de savoir qu’il inflige, impose, mais comme un facilitateur de découverte et de compréhension. » source Wiki. Voir aussi, l’article « autonomie ou liberté » dans Alain Vergnioux, «  cinq études sur Célestin Freinet » Presse Universitaire de Caen, 2005, p79 à 87.

[9] « Imitation et modelage » dans A. Pomerleau et G. Malcuit, « L’enfant et son environnement, une étude fonctionnelle de la première enfance » Pierre Mardaga, éditeur, 1983  p 227 à 234.

[10] Albert Jacquard, « Haltes aux jeux ! » Stock, 2004, 122p, « Nous ne pouvons dire « je », c’est-à-dire parler de soi comme si l’on était un autre, que grâce aux « tu » qui nous sont adressés. L’éclair de la conscience ne peut jaillir que de la fécondation de notre pensée par celle de l’autre. Un humain ne peut donc être défini que par les caractéristiques de son insertion dans la communauté humaine. » p54.

[11] Sur ce point, se référer aux travaux de sociométrie de  J.L MORENO «  fondement de la sociométrie », P.U.F, 1954.

[12] Extrait du projet « 2020 se prépare aujourd’hui » de l’enseignement catholique : « Oser l’innovation et l’expérimentation L’Enseignement Catholique, acteur et partenaire du service public d’éducation, exerce sa liberté d’entreprendre. Créer et innover en équipes, en réseaux ; encourager l’initiative et l’expérience.
Prenons, ensemble, le parti de valoriser l’audace pédagogique et éducative. 
»

[13] BO n°41 du 7 novembre 2013, « La réussite éducative est la recherche du développement harmonieux de l’enfant. Elle est plus large et englobaénte  que la seule réussite scolaire car elle concilie : l’épanouissement personnel, la relation aux autres, la réussite scolaire. »

[14] Montaigne, Essais, I, 25, éd. E. Courbet et Ch. Royer, t. 1, p. 181.

[15] Albert Jacquard « petite philosophie à l’usage des non-philosophes », Le Livre de poche, 1997, « Le devoir des hommes est de participer à la construction des personnes, la sienne comprise. » « On a confondu trop souvent le travail torture et l’activité libérante. La générosité, le dévouement sont des attitudes plus anoblissantes que le courage travail. » Pages 204-205.

[16] Igor Reitzman, « La frustration est-elle structurante ? Besoins et maltraitances» disponible sous ce lien : http://www.reitzman.fr/PDF/Genese_gestion/besoins-frustrations.pdf

[17] Cf article « pourquoi écoutons-nous de la musique en classe » https://ecolenouvelle.wordpress.com/2013/02/10/pourquoi-nous-ecoutons-de-la-musique-en-classe/

[20] Antonella VERDIANI« Ces écoles qui rendent nos enfants heureux, pédagogies et méthodes pour éduquer à la joie » Domaine du possible, Actes Sud, 191p.

[21] Nous ne parlons donc pas ici du travail des OGECs/APEL en dehors du temps de classe.

[22] Pour plus d’informations sur ce sujet, se reporter à l’article intitulé « faire entrer les parents dans l’école » disponible sur le blog de l’école.

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